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La valse de la vie

DONNER ET RECEVOIR ... ENTREZ DANS LA VALSE DE LA VIE

 

Je suis malade et je peux donner,

Tu es malade et tu peux donner,

Elle est malade et elle peut donner,

Nous sommes malades et nous pouvons donner,

Vous êtes malades et vous pouvez donner,

Ils sont malades et ils peuvent donner...

 

Une des choses que l'on nous prend lorsque nous sommes malades, l'une des choses que l'on nous retire, c'est notre droit, notre capacité à donner. Les "Je ne vais pas t'embêter avec ça", "Tu as bien d'autres choses à penser"; "Laisse la donc tranquille, elle est fatiguée", sont censés nous protéger, sont censés nous aider... mais est-ce vraiment toujours le cas? Sincèrement, en est-il toujours ainsi ? Je ne le crois pas. Je crois, au contraire, que c'est indigne de recevoir sans pouvoir donner. Cela me rabaisse et me met, moi par rapport à vous, généreux donateur de votre temps, de votre argent, de votre compassion, en position d'infériorité. Il ne s'agit pas de donner, à la manière comptable, exactement ce que je reçois, il s'agit de me donner ma place, moi malade, moi cancéreuse, dans le bal des vivants, dans la chaîne des dons et contre-dons, dans ce balancier éternel d'action et de réaction qui font la trame de la vie même. Cette place me revient de droit et personne ne peut me l'enlever. Je la revendique.

 

Je la revendique même quand je suis en traitement, je la revendique même quand je sors de chirurgie... Je la revendique même, et surtout peut être, au seuil de ma mort. Oui, il y a des fois où je suis si faible que je ne peux vous donner qu'un sourire, qu'un merci à peine audible, certes... Mais ne pouvez-vous seulement l'accepter au lieu de me dire : "Ne te fatigues pas". "Ce n’est rien, c'est normal" Usant de ces formules toutes faites de politesse apprise qui sont des expressions de courtoisie pour les vanités de ce monde. J'aimerais tant que vous reconnaissiez mon don, mon acte de donner et que vous acceptiez ce sourire, mon sourire, si fragile soit-il. Car le don ne vaut que lorsqu’il est effectivement reçu par l'autre. Si vous repoussez mes sourires, mes mercis et mes petites attentions, vous ne me laissez pas donner. Sans le savoir, vous me mettez dans une catégorie à part de votre vie... Et moi, je ne veux pas. Je ne veux pas être poussée dans ce recoin obscur de votre vie. Je m'y sens seule et abandonnée... Qu'est-ce ? Un purgatoire ? Quelle faute ai-je donc commise ? De quoi me punit-on ? D'être malade ? D'être le reflet de votre propre vulnérabilité, de votre propre mortalité ? Moi, je refuse ce recoin, je refuse la punition et je veux être dans la vie, dans votre vie ! Et même si ce sourire me coûte je veux le donner pour me prouver à moi même, à vous et au monde entier que je suis VIVANTE. Je suis vivante car je peux donner et, dans tes yeux à toi, je peux me voir vivante car tu acceptes ce que j’ai à donner.

 

Tout le monde a besoin de donner et de recevoir. Même si les infirmières "ne font que leur métier", un sourire est une belle récompense. Même si le chirurgien a fait son métier et qu'il a été payé pour cela, un merci sincère est le bienvenu. Même malade, angoissée et fatiguée je peux comprendre et avoir de l'empathie pour ce docteur qui n'a que des journées de 24h, et aussi une famille et des malades plus que de raison. Même en période de difficultés financières, je peux comprendre que l'assistante sociale ait beaucoup plus de travail qu'elle n'en peut gérer comme elle le voudrait. Derrière le ou la professionnel(le), je veux continuer à voir l'humain comme je le veux et que derrière la malade, la cancéreuse tu voies aussi l'être humain. L'humain, cette argile si belle et si fragile. Quand tout nous sépare, voilà ce qui nous réunit encore, voilà ce que nous partageons malgré la maladie, malgré la peur, malgré les non-dits qui se glissent entre nous : l'Humain, notre humanité.

La maladie, la souffrance, les difficultés ne doivent pas me couper de mon humanité. Et toi, toi qui m'accompagnes, toi qui me soutients tu voudrais me couper de cette humanité, me retrancher de l'humanité... NON ! Mille fois non ! Je ne laisserai personne me voler ma place dans la valse de la vie. Le don, c'est la vie. Le nouveau-né offre au monde son premier cri et nous le recevons, émus et conscients du miracle de la vie. Le mourant nous quitte en nous léguant son dernier souffle que nous recueillons avec tristesse et respect, comme un ultime cadeau, ultime perle de vie. Alors quoi ! Où me situes-tu entre ces deux extrêmes ? Même les cadavres ont le droit de donner leurs organes ! Est-ce pour toi si douloureux de recevoir ce que je veux te donner, ce que je peux te donner ? Te donner, c'est une manière pour moi de rester dans la relation avec toi, c'est comme continuer de danser la valse de la vie avec toi... Mais ne serait-ce pas cela justement que tu fuis ? Notre relation, de peur qu'elle ne s'arrête ? Oui, elle est plus fragile qu'avant, peut être sera-t-elle plus brève aussi... mais en est-elle pour autant moins intense ou moins belle ? Ou peut-être préfèrerais-tu que j'économise mes dons pour "après" ? Mais ne sais-tu pas, petite sœur, que le don se nourrit de lui même, autant que de recevoir ? Ne vois-tu pas que je me vide à force de trop recevoir ? Je me vide de ma substance d'être humain, je me vide et je m'assèche... Je meurs mille fois dans ton regard quand tu le baisses pour masquer le refus de ce que je t'offre... et malgré ce regard baissé, moi j'y lis ma déchéance. Ou peut être as-tu peur de ce que je vais te donner ? Tu sais, je ne vais pas te donner ma souffrance ou ma maladie... Cela ne se donne pas et se partage peu. Non, ce que je peux te donner en revanche c'est tout ce que j'apprends de ma vie d'aujourd'hui, tout ce que j'apprends sur le cœur de la vie quand il se réduit au point de n'être presque plus perceptible, quand il se réduit à l’essentiel. Dans ces moments-là, je suis le nouveau-né et le mourant à la fois. Je suis la vie dans son essence même...C'est intime, c'est intense..., c'en est presque un cadeau.... C'est cela, entre autre, que je veux partager avec toi. Ce cadeau est-il trop lourd pour toi au jour d'aujourd'hui ?

 

Mais, alors, laisse moi t'offrir un sourire, une écoute pour tes petits bleus à l’âme, un rire, du temps... de la compassion pour tes soucis. Je le veux parce que je t'aime et que je veux que notre relation soit vivante et parce que, pour qu'elle le soit, elle doit être réciproque, donnant-donnant. Et oui, peut être aussi que je veux me dépêcher de te donner par peur de ne pas avoir tout le temps que j'imaginais. Et tu sais quoi ? Je ne veux pas donner qu'à toi, je veux donner au monde entier... car aujourd'hui JE SUIS VIVANTE ! Et tant que je serai vivante, je donnerai.


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